Au JAPON, le combat de David contre Goliath pour sauver le thon rouge du Pacifique.

 

 

 

Au JAPON, un groupe de petits pêcheurs professionnels mène un combat de plus en plus médiatique contre la flotte industrielle utilisant les sonars et d’immenses filets pour s’emparer de quantités massives de thons rouges en train de frayer, selon Environment 360.

 

Des dizaines d’années de sur pêche ont réduit les bancs de thons rouges du pacifique autrefois abondants à 4% de leurs niveaux historiques, d’après les études. Photographe: Richard Herrmann/ Getty Images

L’un après l’autre les pêcheurs rentrent dans un bureau de fortune au port de Katsumoto, sur l’ile d’Iki, en mer du Japon. A l’extérieur, leurs petits bateaux blancs sont rangés à quai sous un orage en cours ; à l’intérieur,  ils fument comme des pompiers et plaisantent avec des connaissances de toute une vie. Leur affaire, cependant est très sérieuse: Le thon rouge du Pacifique est en train de disparaître,  et il faut qu’ils arrêtent ce déclin.


“Il y a 20 ans, nous avions l’habitude de voir les thons nager sous nos bateaux en bancs si étendus qu’ils nous accompagnaient sur plus de 2 miles” dit Kazuto Doi, un homme de 40 ans, buriné par le soleil qui, comme tous les pêcheurs de l’ile de Iki, pêche  la matière 1ère si recherchée du sushi à la canne.  “Nous ne le voyons plus jamais maintenant.”

 

“J’ai 3 enfants, mais je ne peux pas les envoyer à l’Université.” Aoute Koji Harada, qui maintenant se rabat sur les calamars et d’autres poissons moins rémunérateurs. « On vivait bien avec ces thons. »

 

 

La petite pêche artisanale du sud du Japon est vent debout contre un mastodonte de la pêche industrielle qui est en train de piller les stocks de thons rouges du Pacifique. Le premier coupable de la crise, d’après les pêcheurs d’IKI est une armada de pêche japonaise techniquement très bien équipée qui ratisse les eaux au nord-est d’IKI là où les thons rouges se rassemblent pour frayer.

 

Depuis 11 ans, des convois de ces bateaux attendent en mer du Japon  que ces poissons se rassemblent puis les repèrent avec leurs sonars, et les capturent par milliers avec leur seines coulissantes géantes pour les vendre à des géants de l’alimentaire comme NIPPON SUISAN KAISHA et MARUHA NICHIRO CORPORATION.

 

Les réunions se terminent mais aucun progrès n’a été fait pour sauver les thons menacés alors qu’il est annoncé que les stocks de thons rouges continueront de plonger sans action forte prise en urgence.

Cette zone de pêche, située à 240 miles de l’ile de IKI, est l’un des 2 seuls sites confirmés au monde où le thon rouge du pacifique, taillé comme une torpille argentée se rassemble pour frayer avant de s’éparpiller à nouveau à travers tout le Pacifique. L’autre zone se situe près de l’Ile de OKINAWA au sud, et les deux zones se trouvent à l’intérieur de la zone économique exclusive du Japon.

 

La recherche de ces rassemblements de thons rouges pour la reproduction dans les eaux japonaises est la même chose que ce qui s’est déjà passé en Méditerranée, où, pendant à peu près 20 ans, des flottes de senneurs venant d’Espagne, de France, d’Italie, du Japon, de Lybie et d’autres nations ont capturés ces thons au filet grâce à des repérages par avions et sonars. Au final, les scientifiques des pêcheries européennes ont établis que les stocks de thons rouges de la méditerranée et de l’Atlantique oriental ont chuté de façon dramatique. Dans les dernières années, cependant, les autorités de ces pêcheries internationales ont enfin mis en œuvre des restrictions plus contraignantes, qui ont donné lieu à un début de restauration des populations de thons rouges en méditerranée.

 

Au Japon, 347 pêcheurs professionnels de l’Ile de IKI se sont regroupés en une organisation en 2014 pour faire pression en faveur de règles plus strictes sur la pêcherie, et finalement, l’année dernière ils ont pris eux-mêmes la décision économiquement couteuse de ne plus pêcher le thon adulte pendant la saison de reproduction. Les senneurs n’ont pas emboîté le pas. Pas plus que le gouvernement japonais n’a interdit officiellement ces pratiques ; les officiels du ministère de la pêche prétendent que c’est la surpêche des poissons immatures et non des adultes en train de frayer qui est responsable du déclin de l’espèce, en citant des données issues d’organisations internationales de gestion de pêcheries de thons pour se justifier. Mais des scientifiques halieutes expliquent que la capture des adultes en train de frayer  fait aussi partie des menaces réelles sur le futur de l’espèce.

Des dizaines d’années de sur pêche ont déjà réduit les bancs de thons rouges du pacifique autrefois abondants à environ 4 % de leur niveaux historiques, selon la dernière évaluation faite par le Comité International pour le Thon et espèces apparentées du Pacifique nord, qui est chargé de les étudier. La situation est encore pire que ce qu’avait été celle du thon rouge atlantique. Ces dernières années, le nombre de poissons juvéniles qui ont pu atteindre la maturité sexuelle a aussi été faible. Ces résultats ont poussé l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (IUCN) à classer en juin 2014 le thon rouge du pacifique dans la catégorie « vulnérable », un cran plus péjoratif que la catégorie « menacée »

 

« Toutes les analyses indiquent que le stock est en très mauvais état »dit Maria José Juan Jordá, une halieute qui a participé à l’évaluation de l’IUCN. Les scientifiques ne savent pas exactement à quelle proximité de l’effondrement final se trouve le stock, a-t-elle dit mais pratiquement la totalité des modèles s’accordent à conclure que le taux de mortalité par pêche est insupportable ».

L’inquiétude internationale se porte en ce moment davantage sur la surpêche des juvéniles que sur celle des adultes en train de frayer. Ces jeunes poissons pèsent moins de 30 kilos – à comparer à cet adulte record de 411 kilos et sont pêchés en partie pour alimenter l’industrie de l’aquaculture qui les engraisse dans des cages flottantes.

“En ce moment, la très grande majorité des thons rouges du Pacifique est capturée dans les eaux japonaises avant même que les poissons puissent se reproduire, et cela affaiblit effectivement la capacité reproductive de cette population » explique Amanda NICKSON, directrice de la protection globale du thon, chez Pew Charitable Trusts. Selon une étude commanditée par son organisation, stopper la pêche des juvéniles à travers le pacifique permettrait de quadrupler le stock en à peine 5 ans.

C’est seulement que depuis quelques années que les pays qui pêchent le thon rouge –le Japon, et aussi dans des proportions bien plus réduites, Mexico, les USA, la Corée et quelques autres—ont fait quelques pas dans cette direction. En 2015, les pays qui ont une flotte sur le Pacifique occidental y ont mis en œuvre le tout premier quota pour les juvéniles. Ils ont plaidé pour restreindre les quotas à la moitié de la moyenne des prises entre 2002 et 2004—une mesure qui va dans le bon sens d’après NICKSON  mais loin d’être à la hauteur de l’actuelle situation d’urgence. Les pêcheurs peuvent respecter la règle en modifiant la maille de leurs filets et en évitant les zones de nursery des thons.

Mais aucune législation officielle n’existe en ce qui concerne la capture des thons rouges adultes rassemblés pour le frai. C’est ce qui explique l’inquiétude des pêcheurs professionnels d’IKI et le contingent chaque jour plus important de leurs soutiens, qui inclue 6 autres groupes de pêcheurs professionnels et une poignée de législateurs nationaux.

“Si vous ne les laissez pas déposer leurs œufs, vous n’aurez pas les prochaines générations de jeunes poissons, c’est donc insensé de ne restreindre que la pêche des juvéniles » dit Minoru NAKAMURA, le président du groupe des pêcheurs, appelé « l’association de IKI qui pense à la ressource des thons »

 

NAKAMURA a 47 ans et travaille sur un bateau depuis l’âge de 15 as. Il explique que les pêcheurs d’IKI ont une culture traditionnelle en faveur d’une pêche à la canne, orientée vers la protection de l’espèce depuis les années 50 quand la pêche du thon a commencé par ici. Ils surveillent régulièrement les eaux riches en plancton autour d’un relief sous-marin près de l’Ile où de nombreuses espèces cohabitent. Dans le passé, ce site a été le théâtre de conflits avec les senneurs qui ont tenté de s’approprier les mêmes poissons ; quand ces grands bateaux sont arrivés sur zone, les pêcheurs d’IKI les ont encerclés avec leurs bateaux plus petits et les ont obligés à relâcher leurs captures (en 2009, l’administration de la pêche est intervenue pour interdire officiellement la pêche au filet dans ces zones).

Il y a 10 ans, cependant, NAKAMURA et ses collègues pêcheurs ont appris qu’il y avait des problèmes impactant les thons de façon encore plus importante. Grâce à un réseau de bouche à oreille, ils ont appris que les senneurs utilisaient de nouveaux sonars sur les zones de rassemblements pour le frai afin de localiser les bancs profondément  pour ensuite les encercler avec leur filet avec une efficacité sans précédente quand les poissons remontent en surface pour éparpiller leurs œufs. A la même époque, les prises des pêcheurs d’IKI eux-mêmes commencèrent à chuter de façon très importante. Entre 2005 et 2014, les débarquements de thon rouge dans le port de KATSUMOTO diminuèrent de plus de 90%, de 358 tonnes à seulement 24 tonnes.

Alors que NAKAMURA et ses collègues essayaient de comprendre le pourquoi de la crise, ils ont rencontré un scientifique des pêches Toshio Katsukawa. Katsukawa qui a été interpelé par leur histoire et se mit à étudier les données disponibles de tout le japon. Plus il regardait ces données, plus il était convaincu qu’une exploitation non contrôlée des zones de frai représentait une menace majeure.

“Pendant la saison de nourrissage, les thons rouges sont éparpillés sur une vaste zone, occupés à chasser et ils sont donc bien difficile à localiser, d’autant plus que les populations ont bien diminué” explique Katsukawa que j’ai rencontré à l’Université de TOKYO pour les sciences marines et la technologie où il enseigne.“ Mais pendant la saison de reproduction, ils reviennent sur une zone limitée et le trajet est aussi bien connu de sorte que les senneurs peuvent les trouver et les capturer alors même qu’ils sont très peu nombreux. »

Il commença à suggérer une interdiction gouvernementale de la pratique. En 2011, les senneurs s’imposèrent volontairement un quota de 2 000 tonnes, qui fut ensuite réduit à 1 800. Mais Katsukawa pensait qu’il était beaucoup trop élevé pour être efficace. « Il n’y avait aucune justification scientifique pour prétendre que le seuil de 1 800 tonnes est durable » écrivit-il dans un mail.

Il continua à critiquer sévèrement le gouvernement qui préférait protéger des intérêts corporatistes plutôt que l’avenir de familles entières de pêcheurs. Bien qu’il n’ait pas écrit d’articles dans des revues de scientifiques comme lui, il a réussi à toucher le public à ce propos en parlant à la télévision et en écrivant des articles dans la presse japonaise populaire.

Pendant ce temps, le gouvernement insiste sur le fait qu’il suit simplement les avis des agences scientifiques et gestionnaires internationales qui soulignent l’importance de réduire les captures de juvéniles. Lors d’un échange devant les deux chambres de la législature japonaise en mai dernier, le directeur de l’Agence des Pêcheries de l’époque est allé très loin en suggérant que les arguments de Katsukawa « manquaient d’équilibre et de bases scientifiques. »

Mais Juan Jordá, le scientifique de l’équipe gestionnaire du thon à l’IUCN dit que l’argumentaire oublie le point le plus important.

« C’est toujours cette confrontation sur la question de savoir qui est celui qui est responsable du désastre » dit Jordá, un écologiste de la mer, qui a un post doctorat à AZTI Tecnalia en Espagne et à  la Simon Fraser University au Canada. « Au final, c’est l’effet cumulatif  de toutes ces pratiques qui mène le stock tout entier au déclin. C’est pour cette raison qu’un bon plan de gestion devrait imposer des quotas pour chaque pêcherie et pour chaque tranche d’âge de population de poissons. »

A cause de ce qui menace de se produire, disent les pêcheurs d’IKI, le gouvernement japonais doit changer son point de vue comme il l’a déjà fait dans le passé.

« Quand les poissons ont disparu, nous avons tous réalisés qu’ils n’étaient pas infinis. » dit Kazunari Ogata, pêcheur de l’Ile IKI de 53 ans. « Nous avons ouverts les yeux sur nos erreurs du passé, et nous avons commencé à agir. Pour l’instant, le gouvernement ne l’a toujours pas fait. »

 

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