Braconnage de l’anguille : le marché noir continue de torpiller la pêcherie de l’anguille en Europe.

 

La pêcherie de l’anguille en Europe est menacée par le commerce illégal puisque l’anguille européenne est considérée comme un met de choix en Asie.

Cette année, les rives des grandes rivières françaises sont devenues le lieu d’un conflit qui prend de l’ampleur, provoqué par l’arrivée de millions d’anguilles européennes juvéniles de l’Atlantique nord vers les rivières européennes. A côté d’une activité légale de pêche de l’anguille, dont la saison court de novembre à mars chaque année, un marché noir florissant fait main basse dans les rivières européennes sur des tonnes d’anguilles juvéniles qui sont expédiées vivantes en Asie. Cette année, le problème a atteint un sommet, alors que ces pratiques illégales entrent en conflit avec les environnementalistes qui tentent d’attirer l’attention sur le sort des anguilles, notamment le long des voies navigables françaises.L’anguille européenne (anguilla anguilla) fait partie de la cuisine européenne depuis des siècles, mais dans les 45 dernières années, son déclin estimé à 90-95% l’a mené aujourd’hui au statut d’espèce en danger critique. « Nous avons affaire maintenant à une espèce qui est au bord de la disparition » a dit Andrew Kerr, président du Sustainable Eel Group (SEG), une organisation qui travaille à la protection de l’anguille européenne à travers celle de son habitat.Avant 2009, les pays pouvaient librement commercialiser les anguilles capturées en Europe à l’international. Mais, à cause de la prise de conscience de son énorme déclin, des restrictions à l’échelle de l’Union Européenne furent prises en 2010, et ont limité le commerce qu’à l’intérieur de l’UE seulement : il est désormais illégal de vendre des anguilles capturées en Europe sur des marchés à l’extérieur de l’UE.La consommation à l’intérieur de l’UE se poursuit: selon le Sustainable Eel Group, les pays européens capturent au total 15 à 17 tonnes d’anguilles juvéniles européennes (ndlr : les « pibales » ou les « civelles ») chaque année à leur arrivée dans les rivières européennes, les placent ensuite dans des fermes d’élevage pour les engraisser et les vendre plus tard. Et pourtant la demande légale a rapidement été dépassée par la demande illégale, qui fait qu’ironiquement davantage de ces jeunes anguilles sont expédiées à l’étranger au lieu d’être consommées en Europe. « Nous savons qu’en 2014 et 2015, quelques 20 tonnes de ces anguilles juvéniles sont arrivées dans des fermes aquacoles en Asie » dit Kerr, qui a rencontré les autorités françaises et les pêcheurs professionnels depuis le début de la saison de pêche pour discuter des menaces qui pèsent sur l’anguille.La France et l’Espagne sont les plus gros acteurs de cette pêcherie. La France a la plus grande pêcherie, se taillant la part du lion dans le bénéfice total de cette activité. Cette situation la met au cœur du débat concernant les pratiques illégales. Mais cette année tout particulièrement, le pays est soumis à de nouveaux contrôles, au moment où les échanges entre pêcheurs, scientifiques et environnementalistes se multiplient en même temps que le marché noir explose et que les appels pour une pêche durable se multiplient. De plus, un rapport publié l’an dernier par le Working Group on Eel, le Groupe de travail scientifique pour l’Anguille souligne sinistrement 5 grandes rivières françaises comme les pires en Europe quant à la mortalité de l’aguille en Europe. Le commerce illégal n’est pas le seul problème de ces poissons : il y a aussi les destructions à grande échelle de leur habitat, et les usines hydroélectriques qui comme autant d’obstacles sur les voies navigables au cours de leur déplacement tuent des centaines de milliers d’anguilles chaque année avec les pales des turbines. Et en plus de tout ceci, le commerce illégal se poursuit.Des estimations de l’industrie de l’anguille en Asie de l’est placent le prix local du marché noir de l’anguille entre 1 200 et 1 500 US$. Puisqu’elles sont achetées et vendues à l’état de juvénile translucide, celui dans lequel elles atteignent les côtes européennes après leur migration transatlantique, un kilo peut en contenir environ 3 000 individus, explique Kerr. Ces anguilles sont envoyées essentiellement par avion en Chine, où il semble qu’elles aient malheureusement remplacé les anguilles Japonica, une espèce d’anguille japonaise préférée mais maintenant en déclin, explique Vicki Crook, analyste commercial et auteur du rapport avec Traffic, le réseau de surveillance du commerce des espèces sauvages.En Chine, elles sont souvent élevées dans des fermes et vendues adultes des années plus tard—de sorte qu’obtenir des anguilles juvéniles par bateaux, quoique risqué s’avère un investissement hautement profitable. Depuis 2010, date de l‘interdiction du commerce international, le marché noir n’a jamais cessé de rechercher l’anguille. « Les informations que nous avons suggère que ça continue et c’est une denrée très prisée. » dit Crook.Cette année, des indices plaident pour la poursuite des activités illégales. « Pour l’instant, c’est déjà quelques 30 tonnes qui ont été capturées. SEG pense que la moitié a été envoyée en Asie. Les autorités ont déjà intercepté de nombreuses expéditions par bateaux en France, Espagne et à leur arrivée à Hong Kong » dit Kerr. « J’ai tendance à penser que pour chaque anguille capturée, une est envoyée en Asie. »Ce trafic mine les efforts de protection bien sûr. Du stock légalement pêché, une certaine proportion de ces anguilles juvéniles est supposé être achetée par les états membres européens qui, au lieu de les consommer, relâchent ces poissons dans les rivières aux fins de restauration du stock. Mais les environnementalistes expliquent que le commerce illégal contre carre ces efforts parce qu’il augmente les prix, ce qui augmente le coût de la restauration des stocks et alimente d’autant le flux d’anguilles à destination de l’Asie. « C’est comme si vous essayez de remplir la baignoire dont on a enlevé la bonde. » dit Kerr.La France est considérée comme la plaque tournante de ce commerce, non seulement parce c’est de là que provient la majeure partie des anguilles, mais aussi à cause du système du quota de pêche. Chaque année, le pays fixe lui-même un quota de pêche, qui est soit disant basé sur des résultats scientifiques : 57,5 tonnes pour cette année. C’est à peu près le double de l’allocation pour l’Europe entière pour la consommation humaine et pour le repeuplement, chacun de ces deux postes étant estimés à 30 tonnes environ. « Il est ridicule de fixer un quota pour votre propre pays au double de la demande légale. » dit Kerr. Il s’inquiète de ce que le quota extrêmement généreux de cette année vienne favoriser le trafic illégal, encourager les braconniers et même pousser des pêcheurs par ailleurs respectueux de la loi à imaginer une opportunité lucrative. « Les pêcheurs doivent gagner leur vie, mais là, nous devons restaurer le stock. » dit Kerr « Vous ne pouvez pas juste voler la nature sans vous soucier qu’elle est dans un état de danger critique. »D’un autre côté, les autorités françaises disent que les pêcheurs sont les victimes, et non les acteurs de cette activité illégale. « Il y a des rivières où les pêcheurs professionnels ne peuvent aller à cause des braconniers » dit Nicolas MICHELET, un officiel du Comité National Français des Pêcheries Maritimes et des Pêcheurs Professionnels côtiers, 2 organisations qui représentent les intérêts des pêcheurs. Les pêcheurs d’anguilles ont aussi économiquement souffert : depuis 2006, leur nombre a diminué de plus de la moitié, dit Michelet. De plus, les efforts continus du pays pour protéger la pêcherie sont non reconnus, explique-t-il. D’après Michelet, la France met en place des règles de pêche strictes, a fait des efforts de repeuplement et a organisé le relâcher d’un demi-million d’anguilles adultes argentées en mer pour la reproduction. « La pêche des anguilles juvéniles en France est strictement règlementée et a fait des efforts majeurs ces 10 dernières années pour réduire la pression de pêche. »Savoir qui sont ceux qu’il faut blâmer entre les pêcheurs ou d’autres acteurs dans la poursuite de ce commerce illégal reste un problème âprement débattu. Mais au-delà de cette impasse politique, le commerce illégal continue à une échelle surprenante. Il semble qu’il implique au moins 5 pays européens qui interviennent à des degrés variables comme zone de transit ou de départ des anguilles juvéniles, pour les expédier pour leur voyage le plus long et le moins naturel qui soit.

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