Les bons exemples à suivre

 
 

L’Alaska, un modèle mondial de la Pêche durable 

 

C’est historiquement l’avant dernier des Etats Unis d’Amérique : il a intégré la confédération en 1959, quelques mois avant HAWAÏ, et presque 2 siècles après la Déclaration d’Indépendance. Mais il est aujourd’hui de loin le premier état américain en termes de pêche durable. Le seul qui y soit réellement parvenu, pour l’instant.

 

Ce vaste pays sauvage compte moins d’un million d’habitants sur un territoire préservé grand comme 2,5 fois la France.

 

Dès son adhésion en 1959, l’Alaska inscrit dans sa Constitution que chaque ressource marine doit être gérée selon le principe intangible de la pêche durable. Ce serait le seul état à avoir porté ce principe dans sa Constitution. Le fondement de cette réussite est une volonté politique ferme, gravée dans le marbre de la Constitution de l’Alaska qui n’a de cesse de privilégier le futur des ressources halieutiques et l’environnement, en lieu et place de la pêche industrielle

 

La gestion est déléguée à l’Etat fédéral dont l’administration obéit à des objectifs sains, conforme à la Doctrine du Mandat Public (Public Trust Doctrine) qui sont :

 

  1. La gestion efficace de la ressource à long terme dans l’intérêt des citoyens et de leurs descendants

  2. La confiance dans les dernières recherches scientifiques

  3. La conformité aux normes internationales et notamment celles de la FAO (Code de Conduite pour une Pêche Responsable, 1995).

     

« Les procédures de gestion exemplaires de la pêche en Alaska sont …caractérisées par un degré peu commun de collaboration entre les organismes de l'état, fédéraux et internationaux qui sont chargés de protéger la ressource. Ceci est soutenu par des lois et des politiques strictes d'application avec une participation publique et une transparence qui donnent à l'état une crédibilité internationale importante » (Le développement de la pêche aux USA, Ndève Yacine NIANG)

 

En adoptant le principe de l’approche de précaution, le National Marine Fisheries (MNF) et l’Alaska Fish and Game (AFG) multiplie les initiatives pour que la sous capacité devienne la règle, au détriment de la sur capacité de pêche :

 

-Fermetures spatiales et/ou temporelles, décidées à l’avance ou à la demande en moins de 24h, selon les informations scientifiques des suivis quotidiens de la ressource.

 

-Limitation de la taille des bateaux.

 

- Restriction des engins de pêche (taille, forme, utilisation) et chasse aux dérogations.

 

-Interdiction  de certains engins universellement reconnus comme non durables : les palangres industrielles, les filets maillants dérivants, les trappes à poissons.

 

La règlementation est complète, la volonté de l’appliquer est totale : la surveillance est étroite, le contrôle rigoureux et la répression sans concession.  

 

Avec cet état d’esprit et cette rigueur, l’ALASKA produit de façon durable des poissons et des crustacés qui sont uniquement sauvages. Citons les 5 saumons du pacifique (le King, le Coho ou "argenté", le Sockeye ou "rouge", le keta ou "saumon chien" et le Pink ou "rose du pacifique"), les variétés de cabillauds (Colin d’Alaska, Sole, lieux noir et cabillaud), le mythique flétan du pacifique et les Crabes (notamment le crabe royal).

 

En ALASKA, les habitants se sont donnés les moyens de se protéger autant de la pollution et de la dégradation des habitats que de la sur pêche.

 

 

 

Les USA : Cap sur la PÊCHE DURABLE depuis 2010

 

LES USA ne comptaient que 5 millions d’habitants et 13 états au début de XIXème siècle. C’est l’époque de la pêche artisanale de subsistance. Un demi-siècle plus tard, la population s’est multipliée par 5 et les états sont maintenant une trentaine. Ce n’est qu’un début : la demande grandissante stimule d’abord l’aquaculture, pour espérer l’autosuffisance alimentaire. Mais l’explosion de la demande (150 millions d’habitants au milieu du XXème siècle) et la révolution industrielle dopent la demande, ce qui ouvre l’aire de la pêche industrielle :

 

« C'est ainsi que les Etats-Unis deviennent alors le premier producteur de ressources halieutiques au monde. Cependant en voulant trop développer leur économie de pêche ils procèdent à la pêche excessive en ne souciant ni de l'environnement ni de l'écologie. » (Le développement de la pêche aux USA, Ndève Yacine NIANG)

 

Dès la fin des années 1980, la production mondiale n’augmente plus puis décline même régulièrement : la FAO réagit en 1995 par son Code de Bonne Conduite de la Pêche Durable. En 2000, une ONG anglaise la Marine Stewardship Council crée le 1er label de Pêche Durable mais 10 ans , après elle s'attire de sévères critiques.

 

De 5ième producteur mondial en 2000, les USA rétrogradent à la 10ème place en 2004.

 

En 2010, les USA rentrent officiellement dans l’aire de la Pêche Durable : un officiel de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) annonce que plus aucune espèce de poisson n’est surexploitée aux USA, alors qu’il en existait encore 37 l’an passé.

La forte empreinte environnementale reprochée à l’aquaculture est dénoncée alors que ce secteur vient de se multiplier par 20 en 30 ans.

Les chalutages accusés de tous les maux, notamment de dévaster la ressource et les fonds marins se voient la cible de lois fédérales de prohibition. Un moratoire contre la pêche en eaux profondes est signé par plus de 1100 experts parmi les plus éminents en océanographie et biologie marine tandis qu’une ONG américaine  OCEANA très connue en Europe pour son rôle clé dans le sauvetage du thon rouge réussit à interdire le chalutage dans les eaux de BELIZE , petit état d’Amérique Centrale dont l'hymme est "Land of the Free" ("Le pays des Hommes Libres").

 

Les subventions publiques sont mises au pilori : ce sont dans le monde pas moins de 13 milliards d’euros qui permettent à des pêcheries de continuer à pêcher dans des eaux proches de l’effondrement, même si ce n’est pas rentable, aggravant ainsi le préjudice environnemental.

 

« C'est pour cela que de nos jours le gouvernement américain ne se soucie plus de la croissance de ses exportations mais visent le développement durable de ses pêcheries. Les Etats-Unis pêchent dans des zones où le poisson est abondant et où sa pêche ne risque pas de mettre la ressource en péril. »

(Le développement de la pêche aux USA, Ndève Yacine NIANG)

 

 

 

La Floride exclue les filets maillants vers le large le 8 novembre 1994

 

En 1990, Karl WICKSTROM, un citoyen libre demanda aux lecteurs de sa revue de pêche sportive (Florida Sportsman magazine) s’ils seraient d’accord d’interdire les grands filets en Floride. 4 ans plus tard, un référendum appelle les 13 millions de Floridiens de l’époque à voter à propos de l’Amendement n°3 : il s’agit d’exclure tous les filets maillants au-delà de 3 miles nautiques des côtes est de la Floride et au-delà de 9 miles des côtes ouest, et les sennes de plus de 46 m2 au-delà de 1 mile à l’est et 3 miles à l’ouest.

 

L’amendement présenté par l’Association SAVE OUR SEALIFE a cumulé en deux ans le score fantastique de 550 000 voix soit 28% des 2 millions de pêcheurs de loisir de la Floride (source : Coastal Conservation Association Florida). Le coût de la campagne est en rapport : 1 500 000 US$ ont été dépensés. Karl WICKSTROM en a payé 50 000 US$ de sa poche.

 

Une semaine avant le référendum, Karl dénonce les surfaces cumulées de plus en plus monstrueuses de ces grands filets, souvent tendus côte à côte, kidnappant en une seule marée des tonnes de vie marine sans épargner tortues marines et dauphins. Il rappelle que cette initiative ne fait que suivre les exemples réussis du TEXAS (1988) de la GEORGIE, de la CAROLINE DU SUD, de la CALIFORNIE (1990), de la plupart des états des GRANDS LACS et que les filets maillants ont été exclus de la totalité des eaux douces du continent nord-américain.

 

Il explique que comme dans le TEXAS voisin, ces grands poissons de sport aujourd’hui disparus, comme les légendaires « truites mouchetées » de la région COCOA grosses comme des « alligators » reviendront secouer les lignes des pêcheurs sportifs. Le bénéfice attendu pour la vie marine est immense, celui pour les Floridiens et l’économie de l’état en termes d’emplois directs et indirects est sans commune mesure avec le potentiel de la pêche commerciale balayé à l’unanimité par toutes les études.

 

Le résultat du vote a été une véritable déroute pour les fileyeurs professionnels : le OUI à l’interdiction des filets maillants a été plébiscité par 72% des votes.

 

La presse titre « Les poissons de Floride gagnent une bataille : les filets maillants déclarés illégaux. »

 

Un officiel des pêches commerciales s’incline : « Les citoyens de la Floride, ceux-là même qui possèdent la ressource viennent de dire aux fileyeurs : ‘nous n’aimons pas du tout ce qui se passe. Nous ne pensons pas que vous faites un métier responsable avec cette ressource, et nous allons tout simplement vous virer de votre position’. Les Citoyens de la Floride ont clairement expliqué qu’ils voulaient une pêche commerciale de haute qualité et saine. »

 

Wickstrom exulte et promet beaucoup de plaisir à la Floride, maintenant débarrassée de « ce maillage invisible de rideaux de plastique qui enveloppait tout le littoral de la Floride » : le résultat ne se fait pas attendre, comme au TEXAS quelques années auparavant.

 

Malgré le verdict sans appel de la Démocratie, le lobby commercial ne désarmera pas et reviendra menacer l’amendement à plusieurs reprises, pendant que la Loi sur la répression des pêches illicites doit être régulièrement renforcée puisque l’interdiction est souvent contournée. Le « délit » devient d’ailleurs « un crime » en 2004.

 

Mais le bon sens tient bon, la population a largement constaté les retours favorables, toutes les prédictions favorables ont été confirmées, tout s’est passé comme au Texas et le spectacle est si époustouflant que le touriste pêcheur ou non pêcheur européen ouvre des yeux très grands !

 

Comme l’avait prédit Karl WICKSTROM, une « aire dorée » s’est effectivement ouverte en Floride, il y a déjà plus de 20 ans.

 

 

 

Le TEXAS exlue les filets maillants dès 1981, tous les autres en 1988.

 

 

Le TEXAS, 27 millions d’habitants et un peu plus grand que la France est le berceau du réseau de l’Association multi-fédérale de la Protection du Littoral américain (le CCA pour Coastal Conservation Association, il en existe désormais un par état côtier).

En 1977, suite aux ravages orchestrés par la pêche commerciale sur le red drum (redfish) et une « truite saumonée » (speckled trout), 14 pêcheurs récréatifs se retroussent les manches pour fonder le CCA du Golfe du Mexique (Gulf CCA) et lancent la campagne « sauvons le Redfish ». Le mouvement s’étend à la Floride en 1985, se propage le long de la côte atlantique jusqu’à la Nouvelle Angleterre puis finit par faire tâche d’huile sur toutes les côtes américaines. Chaque état a son propre CCA qui fonctionne de façon très indépendante : chacun a sa propre organisation indépendante, récolte et gère son propre budget et décide de quelle stratégie user quand il s’agit d’un enjeu national.

Le red drum sera sauvé  et définitivement proclamé poisson non commercial, réservé à la pêche de loisir. Le Gulf CCA devient le CCA Texas.

Sous son impulsion, Le TEXAS interdit les filets maillants des eaux littorales dès 1981, et a fini par tous les interdire en 1988. Cette interdiction dans les eaux littorales du TEXAS fut suivie par un remarquable redressement de nombreuses espèces de poissons : les gros spécimens de red drums ont explosé de plus de 900%, les tarpons juvéniles de 300% et le black drum de 250%. Ce sont des chiffres annoncés par le Directeur de la police des Pêches littorales du TEXAS lui-même.

Cette explosion de vie est saluée par une augmentation de 33% de la population des pêcheurs récréatifs et, phénomène très important, il est noté d’une nette amélioration de l’éthique de la pêche au sein de cette population.

Question emplois, le bilan est conforme aux prévisions : 1000 pêcheurs professionnels texans ont pu perdre leurs emplois en relation avec les filets, mais beaucoup ont trouvé une place dans d’autres pêcheries. Le nombre de guide de pêche a été multiplié par deux (400 professionnels du guidage en 1995 !) et surtout certains anciens pêcheurs gagnent maintenant beaucoup plus d’argent en faisant du guidage qu’en fileyant.

Avant de faire sa propre révolution en Floride, Karl WICSTROM en Floride déplorait que les « speckled trout » grosses comme des « alligators » qui avaient déserté la Floride depuis longtemps attiraient désormais les pêcheurs de la Floride vers le Texas, devenu le nouvel eldorado de la pêche sportive au début des années 90.

 

 

 

L’Irlande, LEADER de la PROTECTION du BAR en EUROPE depuis 1990

 

Dans les années 60, le bar foisonne autour de l’Irlande, surtout autour de la côte sud-sud-ouest de l’Ile (Comtés de WEXFORD à l’est à celui de CLARE à l’ouest).Mais dans les années 70 et 80, le bar est spécifiquement recherché par les professionnels.

En un temps relativement court, les stocks sont pillés à un tel point que les pouvoirs publics réagissent : un arrêté de protection intervient au tout début des années 90 interdisant à la fois la pêche professionnelle du bar et sa vente. Les pêcheurs récréatifs sont autorisés à le pêcher mais avec un quota journalier et une taille minimale à respecter.

Le bar est une espèce à croissante très lente : une femelle de 11 livres aura probablement dans les eaux froides d’Irlande entre 16 et 18 ans. C’est dire le temps que cela prendra pour restaurer les stocks. Mais certains experts estiment qu’il est improbable que nous revoyons nous-mêmes un jour les poissons idylliques des années 60.

Ceci est d’autant plus plausible que persiste une pêche commerciale illicite tenace, à tel point que des pêcheurs récréatifs se mobilisent pour lutter contre ce fléau (Irish Bass), exactement comme ce fut le cas à chaque fois qu’une interdiction de la sorte a pu être prononcée (Floride par exemple).

 

La réglementation irlandaise à jour depuis le Sea Fisheries Maritime Juridiction Act de 2006 stipule pour le bar :

 

  1. L’interdiction de  pêcher, de débarquer, de transborder, de transporter du bar à bord de tout bateau de pêche irlandais et de pêcher le bar au filet

  2. Le pêcheur récréatif ne peut pas prélever plus de 2 bars par 24h, ces poissons doivent mesurer au minimum 40 cm. Il doit respecter une fermeture spécifique du 15 mai au 15 juin, avec NO KILL obligatoire pendant cette période en cas de prise.

  3. La vente du bar est interdite en Irlande sauf si c’est un poisson d’importation.

  4.  

Cette règlementation irlandaise ne pouvait toutefois pas empêcher certains bateaux de pêcher dans ses eaux : ce sont tous les bateaux européens ne battant pas pavillon irlandais.

 

Ceci permet de comprendre la satisfaction du Ministre Irlandais de la Pêche, Simon COVENEY qui se réjouit en mai 2015 que l’UE ait pu étendre la règlementation irlandaise à tous les bateaux de pêche européens :

« L’Irlande a été en pointe car cela a été le seul état membre de l’UE qui garantisse une protection maximale au bar et la proposition de l’UE (ndlr : interdire à tous les bateaux de pêche européen de pêcher le bar autour de l’Irlande) va renforcer cette protection en rendant le modèle irlandais obligatoires à tous les bateaux de pêche européens dans la mer irlandaise et celtique. »

 

 

 

6. Le COSTA RICA exclue les chaluts du golfe de NICOYA

 

Le COSTA RICA repoussent les fileyeurs et les chaluts du golfe de NICOYA, avec l’aide d’un embargo américain sur la crevette

 

Dans le golfe de NICOYA, sur les côtes du COSTA RICA côté pacifique, les chaluts sont ici aussi responsables de dégâts terribles. Ici, il s’agit des chaluts à crevette : ils ratissent le fond de ce golfe caractérisé par une diversité biologique prodigieuse car peu profond. Or ces engins sont les moins sélectifs de tous les engins de pêche et ne prennent pas que de la crevette, loin s’en faut (voir la vidéo)

En plus, la crevette se raréfiant, des chaluts ont même diminué la taille de leur maille pour prendre davantage de crevettes mais de moindre qualité (plus petite).

Beaucoup de poissons, d’espèces très variées sont donc aussi piégés dans la poche et étouffés par la compression qui les condamne systématiquement. La plupart d’entre eux ne seront même pas commercialisés et seront donc rejetés par-dessus bord pour aller pourrir au fond.

 

Ce carnage concerne aussi diverses tortues en voie d’extinction dont les tortues vertes régulièrement massacrées.

 

L’affaire est si grave que les USA ont mis en place un embargo sur la crevette du COSTA RICA, pour les obliger à n’utiliser que les mailles autorisées et à mettre en place les dispositifs connus qui réduisent efficacement les prises accessoires de tortue.

 

Parallèlement, les prises de crevettes diminuant, les pêcheurs reviennent à la technique ancienne de la pêche de la courbine à la ligne qui impacte beaucoup moins le milieu naturel. Ces pêcheurs ont ainsi formé l’association des Pêcheurs Ligneurs (pescadores cuerderos) et avec l’autorité régulatrice de la Pêche et de l’Agriculture du COSTA RICA, INCOPESCA ils ont créé une zone interdite aux fileyeurs et aux chaluts qui leur ait réservée.

 

 

 

7.Le GUATEMALA veut se débarrasser des chaluts

 

Au GUATEMALA, comme ailleurs, les chaluts de fond (redes des arrastre) sont responsables d’immenses dégâts. Ce sont surtout les chaluts à crevette les plus nombreux qui sont sur la sellette : ils détruisent les fonds et capturent énormément de poissons juvéniles qui seront jetés morts à l’eau, sans jamais s’être reproduits.

On estime que seulement 5 à 15% du contenu des poches de ces chaluts est commercialisé : tout le reste est détruit pour rien, notamment des tortues.

Tout l’écosystème est impacté et les petits pêcheurs artisanaux sont donc menacés. Plusieurs associations sont montées au créneau et exigent l’interdiction de ces méthodes, comme c’est déjà le cas en Argentine, Uruguay, Venezuela et Costa Rica (voir une vidéo)

 

 

 

8. L'Ile de MAN imite l'IRLANDE au sujet du bar:

 

L’Ile de MAN (15 km de large, 40 km de long) est une dépendance de la Couronne Britannique de la mer d’Irlande, coincée entre l’Irlande à l’ouest et le royaume uni à l’Est.

Elle vient de consulter le public à propos du bar. La pêche professionnelle existe mais il n’est pas recensé de pêcheurs professionnels ciblant le bar dans les eaux mannoises. Par ailleurs, le chalut en bœuf (engin tracté par une paire de bateaux) n’est pas autorisé.

La pêche sportive a été identifiée comme l’un des 3 moteurs pour améliorer la fréquentation touristique de l’Ile.

 

Le but  recherché est de faire d’une pierre deux coups : protéger la ressource bar en danger et augmenter la réputation de l’Ile en matière de pêche sportive du bar.

Il s’agit donc de proposer de gros poissons abondants. Pour ce faire, il est envisagé de:

1. réserver ce poisson à la seule pêche récréative et d’encadrer cette activité

2. augmenter la taille minimale de capture actuellement de 43 cm et même de créer une double maille (« the slot size ») de façon à permettre aux poissons juvéniles de se reproduire et aux meilleurs géniteurs d’être épargnés.

3. réduire le quota journalier autorisé pour chaque pêcheur de loisir de manière à limiter les prélèvements

 

La voisine l’IRLANDE  qui a pris ce virage en 1990 sert bien sûr de référence régionale : « la synthèse des Pêcheries Irlandaises Intérieures, publiées en août 2014 a conclu que continuer à gérer le bar comme une espèce strictement sportive est vital pour la conservation des stocks aussi bien que pour assurer les plus grands bénéfices à l’économie irlandaise. » peut-on lire dans la consultation publique de l’Ile de MAN.

Il est donc proposé :

  1. Interdiction totale de la pêche commerciale du bar dans les eaux territoriales mannoise (12 miles nautiques)

  2. Quota journalier pour la pêche récréative à 1 bar par jour avec autorisation du NO KILL ensuite dans la journée

  3. Taille minimale de capture du bar : TmC =50 cm.

  4. Taille maximale de capture du bar : TMC=60 cm.

  5. Obligation pour le bar conservé de l’emporter entier de l’estran, sans découpage aucun.

La 5ième mesure n’a d’autre but que rendre impossible le contournement du quota en dépeçant ou en consommant le poisson sur place.

La rédaction de la consultation respire le bon sens et d’un solide désir de communiquer avec le public, pêcheur ou non. Je vous conseille de la lire : une belle leçon de démocratie à l’anglaise, très éloignée de ce qui peut se faire chez nous (exemples récents : le chalutage sur ROCHEBONNE pendant les rassemblements des bars se préparant à la frai, la modification de Code de l’Environnement pour favoriser encore plus la pêche professionnelle en eaux douce).

 

 

 

9. Le Bar Rayé américain sauvé par un moratoire sec de 5 ans (1985-1990)

 

Le bar rayé (le « striped bass ») est originaire des côtes Est Nord américaines. On le trouvait depuis le SAINT LAURENT au nord (CANADA) jusqu’en FLORIDE (SAINT JOHNS RIVER) mais aussi dans le Golfe du MEXIQUE (Rivière Suwannee en FLORIDE occidentale et Lac de Pontchartrain en LOUISIANE). Il a été artificiellement introduit sur la côte Ouest des USA, et aussi dans une multitude d’eaux douces fermées à travers tout le pays, où il ne pourrait toutefois pas se reproduire.

Il a bien failli disparaître lui aussi sous l’action conjuguée du  cocktail classique (surpêche + pollution + dégradation des habitats).

L’histoire de ce sauvetage finalement réussi et du gigantesque coût social et environnemental correspondant aurait dû nous rendre plus prévenants, nous les européens.

Le bar rayé (morones saxatilis) n’est pas un serranidé comme notre bar franc (dicentrarchus labrax), c’est un poisson dont la biologie est toute différente, puisque un peu comme les saumons, ces poissons rentrent dans les rivières au printemps pour y frayer. Mais à la différence des saumons, ils n’hivernent pas en mer : ils reviennent dans les estuaires et les rivières en hiver. Leur migration sud>nord puis nord>sud est célèbre aux USA. Il atteint des tailles beaucoup plus imposantes que notre poisson européen.

Dès 1634, un simple coup de senne avait capturé des milliers de ces magnifiques poissons dont un grand nombre étaient allés charger des composteurs pour l’agriculture.  5 ans plus tard, une 1ère loi du MASSACHSSETS interdit cet usage scandaleux de la ressource halieutique.

La côte ouest est alevinée avec succès au début des années 1800 et le bar rayé est maintenant un poisson de sport majeur en CALIFORNIE par exemple.

Dès les années 70, la pêche commerciale du bar rayé voit ses résultats s’effondrer et les moratoires vont s’enchainer pendant 5 ans, après le vote de la Loi pour la Conservation du Bar Rayé Atlantique (31-10-1984). C’est « un énorme gâchis socio-économique » avec des résultats positifs pour la ressource mais qui reste menacée  (braconnage, pollution par le mercure, les pratiques agricoles et les élevages de volaille).

D’autres mesures sont rajoutées : augmentation de la taille minimale de capture et interdiction des compétitions de pêche pendant la saison de reproduction (printemps). Et finalement, « l’embellie » pour le bar rayé est annoncée.

Au Canada, l’affaire est plus compliquée : le bar rayé a disparu de la baie du SAINT LAURENT dès les années 60  à cause de la sur pêche et il a fallu 30 ans pour que l’état le reconnaisse. Un programme de ré alevinage a été mis en place depuis 2002 à partir d’une souche d’une rivière jugée similaire : des dizaines de milliers d’alevins de 8 à 10 cm micro-étiquetés sont relâchés chaque année, tandis que des millions de larves sont éparpillées. Ces larves ont été « marquées » par une cycline (un antibiotique interdit chez la femme enceinte et l’enfant de moins de 8 ans car il se fixe irrémédiablement aux dents et aux cartilages de conjugaison…). La fluorescence de la cycline est retrouvée des mois durant dans les otolithes des jeunes poissons ce qui permettrait de distinguer des juvéniles issus d’une fraye naturelle.

Dans la baie de Fundy, 2 des 3 rivières fréquentées ont été désertées pour des raisons de restrictions de débit et de pollution des eaux, et la 3ième est très surveillée : un brochet introduit constituerait une menace pour le bar rayé, ainsi que les prises « accessoires » de la pêche commerciale. Ici, ce n’est pas gagné…

 

 

 

 

10. Les filets maillants dans le collimateur de l'AUSTRALIE et de la NOUVELLE ZELANDE

 

Les filets maillants géants en passe d’être interdits en NOUVELLE ZELANDE et en AUSTRALIE (11-2009)

 

La NOUVELLE ZELANDE est le pays le plus « récent » de notre vieille planète. Les premiers humains n’y auraient mis le pied que lors du XIIIème siècle, après avoir accosté à HAWAÏ et l’ILE DE PÂQUES, il y a à peine 800 ans, c’est-à-dire une éternité après que sa grande voisine l’AUSTRALIE ait été colonisée par Homo Sapiens à partir du chapelet d’Iles de l’archipel indonésien il y a 50 000 ans et que l’Europe l’ait été il y a 30 000 ans.

 

Là comme ailleurs, les 1ers envahisseurs exterminèrent les animaux sauvages qui n’avaient aucune raison de se méfier de l’Homme qu’ils n’avaient jamais vu. C’est ainsi par exemple que les MOAS, espèces d’énormes autruches de plus de 200 kg furent rayées de la carte.

 

Aperçue par un 1er européen, Abel TASMAN au XVIIème siècle, la NOUVELLE ZELANDE sera cartographiée un siècle plus tard par le Capitaine James COOK.

 

Ici comme ailleurs, les filets sont montrés du doigt et causent de grands dommages.

 

Dans les eaux littorales, le DAUPHIN de MAUI est au bord de l’extinction : il ne reste qu’une cinquantaine de représentants. Des médias locaux relayent les efforts de WWF en ce sens. Une pétition pour l’interdiction de TOUS les filets maillants pour sauver ces dauphins presse le gouvernement Néozélandais (signer la pétition).

 

En 2009, une découverte accablante est révélée suite à l’observation de 2 bateaux espagnols : d’immenses filets maillants, parce que bon marché sont laissés en permanence en situation de pêche autonome, capturant ainsi des quantités de poissons considérables. Ces filets peuvent en outre être perdus et continuer de la même façon à flotter et à détruire les stocks de poisson.

 

Un tel filet de plus de 100 km de long a ainsi été récupéré, flottant dans les océans, et bourré de cadavres de Légines (dissostichus mawsoni), un formidable carnassier très mal connu, et très précieux des eaux froides de l’Antarctique.

 

Les Amériques, l’Europe et l’Asie se sont réunis à AUCKLAND pour préparer un traité légiférant sur les eaux internationales (à l’extérieur des Zones Economiques Exclusives des pays du Pacifique sud) et interdire ces pratiques.

 

11. Norvège, la pêche responsable rapportera 8 milliards d’euros d’exportations  en 2015

 

Comme tous les pays européens à la sortie de la seconde guerre mondiale, la NORVEGE a connu une révolution technologique qui l’a amenée en situation de surpêche.

 

Une gestion de pêche responsable avec licences et quotas par espèces et par engins a été progressivement mise en place par le Ministère Norvégien de la Pêche et des Affaires côtières, qui avec le concours de l’Institut norvégien de Recherche Marine respecte les avis des scientifiques du CIEM (Conseil International pour l’Exploration de la Mer).

 

Il est étonnant de découvrir les mots comme « biomasse seuil », « limites biologiques de sécurité » ou « système de contrôle strict » dans les documents officiels norvégiens.

 

La Norvège a interdit les rejets, respecte des restrictions sévères par engins, des fermetures saisonnières pour protéger le frai, des zones fermées plus longtemps pour permettre la restauration des habitats et de la ressource.

 

L’engagement de la Norvège vers un développement durable tous azimuts est revendiqué par le logo du trépied environnement, société et économie.

Concernant ces 3 critères communs avec l’article 17 de l’Union Européenne, on peut lire :

« L’industrie norvégienne des poissons et fruits de mer est la colonne vertébrale de la côte norvégienne et a une importance vitale pour l’établissement des populations et l’emploi.

Elle génère beaucoup de richesses pour l’économie norvégienne et se révèle indépendante. Il n’y a PAS DE SUBVENTIONS dans l’industrie de la pêche en Norvège.

Depuis des décennies, la Norvège est l’une des nations leader dans le monde pour développer les bonnes pratiques dans la pêche et l’aquaculture, et travaille en permanence pour améliorer la gestion de la ressource. »

 

Le secteur de la pêche en Norvège est la 2nd industrie exportatrice du pays, après le pétrole, exporte dans 130 pays et améliore ses propres records d’année en année : 2015 sera la nouvelle année record avec probablement un total de 8 milliards €. (Information : Norvegian seafood council)

 

Les norvégiens revendiquent haut et fort que leur industrie est sevrée de toute subvention.

 

Le stock de morues de la mer de Barents dans un « très bon état » est géré conjointement avec la Russie.

Le hareng serait lui aussi exploité durablement et en pleine capacité de reproduction.

Le lieu noir (ou Colin) est géré en Arctique Nord Est selon les quotas déterminés par le CIEM et l’IMR norvégien, ainsi que dans la mer du nord où il est partagé avec l’Union Européenne

Les chaluts à crevette rose sont équipés de panneaux qui libèrent les crevettes trop petites, les alevins et les petits poissons, leur maille est d’au moins 35 mm.

 

Concernant l’aquaculture, le saumon d’élevage fait partie du hit-parade des ventes, son prix augmente (+8% en 2015) et, détail lourd de sens, la France est l’un deux plus gros clients du saumon norvégien :  à rapprocher de l’abondance passée du saumon sauvage en France, où il était même interdit d’en donner plus de 3 fois par semaine aux employés des usines. Les aliments donnés aux saumons proviendraient de pêcheries fonctionnant sous quotas scientifiques  et seraient essentiellement constitués de déchets de poissons impropres à la consommation humaine, ainsi que de l’anchoveta péruvien et de merlan bleu.

 

Mais, selon certains halieutes, la Norvège si vertueuse chez elle n’appliquerait pas les mêmes principes durables devant l’Afrique de l’ouest. Comme l’UE d’ailleurs. Autre réserve de taille, la chasse à la baleine en Norvège bat des records depuis que la Norvège a décidé de mettre fin au moratoire en 1993 : plus de 726 cétacés auraient été harponnés en 2014 (voir l’article du MONDE.fr).

 

Les deux autres pays qui chassent encore la baleine sont l’Islande et le Japon.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Comprendre pourquoi la stratégie de la pêche est spontanément suicidaire : le concept du "Fishing down"

Ce célèbre schéma (Hans Hillewaert, 2009) explique comment la pêche industrielle a épuisé les écosystèmes (le « fishing down » anglo-saxon)

« Quand un écosystème auparavant vierge devient accessible à l’exploitation, c’est généralement les plus gros poissons à la longévité élevée et au sommet de la chaîne alimentaire (en haut à gauche) qui sont touchés car leur longévité les rend vulnérables à la surpêche, qu’ils s’agissent d’espèces recherchées par les pêcheurs ou bien de prises accidentelles. Dans l’un ou l’autre cas, la pêche se tourne ensuite vers les poissons de tailles moyennes, souvent la proie des plus gros poissons, et qui bénéficient alors d’une augmentation de leur abondance due à une moindre prédation. Lorsque les populations d’une taille moyenne sont finalement épuisées, la pêche se concentre alors sur les petits poissons et les invertébrés (crevettes, calmars, etc.).

 Les changements dans la structure du réseau alimentaire marin que ces diminutions séquentielles produisent (flèche), combinées à la destruction de la faune des fonds marins par les chalutages de fond, mènent à des conditions (en bas à droite) qui sont favorables à l’explosion des populations de méduses, et finalement, au développement de « zones mortes » dans les océans » (cf. www.fishingdown.org) »

Extrait de « Mange tes méduses ! » Philippe CURY et Daniel PAULY, p.90, Editions Odile JACOB, mars 2013. A lire absolument.

Partout dans le monde, l'exploitation industrielle des ressources marines a provoqué des bilans catastrophiques : les océans ne se prêtent pas à une expoitation industrielle qui cherche le profit continuel incompatible avec les rythmes lents de la biologie marine. Le modèle environnemental doit prendre le pas sur la rentabilité économique et devenir la règle, le concept global de la Pêche Durable doit s'imposer partout dans le monde.

  • Facebook Social Icon