La pêche durable

La pêche durable:

 

Ce qu'elle devrait être

Ce qu'elle n'est pas

La faillite de la pêche industrielle

L'extinction de la morue de Terre-Neuve

 

La Pêche Durable

 

Elle se définit par sa constance dans le temps et son harmonie avec l’Environnement, comme ont pu l’être les sociétés indigènes qui ont survécu des millénaires partout dans la Nature avant que notre civilisation dominant cette Nature ne vienne perturber leur équilibre naturel. Pêcher durablement consiste donc à prélever de la façon la moins agressive possible, la plus sélective et la plus propre pour le milieu naturel une quantité de poissons suffisamment raisonnable pour ne pas compromettre l’équilibre de ce « stock » de poissons, qui pourra donc se reproduire et persister indéfiniment dans le temps, en dépit des aléas naturels, climatiques ou biologiques par exemple. Il ne s’agit pas seulement d’un aspect quantitatif mais aussi d’un aspect qualitatif plus complexe à saisir, mais que les scientifiques ont déchiffré en très grande partie : « l’approche écosystémique » implique un strict respect des conseils des scientifiques qui produisent l’avis le plus impartial et le plus documenté possible à chaque instant, concernant les espèces, les tailles, les zones, les périodes, les engins, les méthodes, etc. C’est l’application à la pêche du « Modèle Environnemental » devenu prioritaire.

En agissant de la sorte, c’est assurer l’avenir des pêcheurs qui pratiquent cette pêche, c’est assurer la sécurité alimentaire de milliards d’individus dans le monde et la sécurité d’emplois de centaines de millions d’autres.

 

Cette réussite socio-économique est un corollaire naturel du modèle environnemental.

 

Par contre, le modèle industriel, responsable de l’écocide marin généralisé n’a plus sa place, tant il a fait la preuve de son incompatibilité totale avec la complexité et le rythme lent des écosystèmes marins.

 

Les ressources marines (comme toutes les ressources naturelles) doivent être considérées comme un patrimoine commun à conserver et à protéger, un capital précieux qu’il s’agit d’utiliser, de partager et de transmettre intégralement aux générations futures.

 

Comme l’a écrit par exemple Deborah WRIGHT (« Conserving the great Blue »):

 

Jusqu’à présent, toute activité humaine a pu être autorisée jusqu’à ce qu’il paraisse évident qu’il puisse exister un préjudice environnemental.

Dorénavant, aucune activité humaine ne pourra être autorisée avant qu’il ne soit prouvé qu’il n’existe pas un préjudice environnemental prévisible. 

 

Une telle organisation dépasse les seuls pêcheurs qui ne peuvent plus se retrouver seuls aux commandes, à la fois juges et parties. Un telle organisation incombe à tous les citoyens du monde et devient un passage obligé pour nos sociétés.

 

Car le jour où les abeilles auront cessé de voler nous ne serons plus : tout comme le jour où les poissons auront cessé de nager.

 

Ce que n'est pas la pêche durable: presque tout ce que nous avons fait jusqu'à présent.

 

La fuite en avant caractéristique de la pêche industrielle : plus loin, plus profond, d’autres espèces. Ou « après nous, le déluge ».

 

« Dans les années 1950, en même temps que leurs méthodes devenaient de plus en plus industrialisées- avec la réfrigération à bord, les radars acoustiques et plus tard, les GPS- les pêcheries ont d’abord épuisé les stocks de morues, de merlus, de limandes, de soles et de flétans dans l’hémisphère nord. Parallèlement à la surexploitation, voire à la disparition de ces stocks, les flottes se  sont déplacées vers le sud, vers les côtes de pays en voie de développement et, finalement, jusqu’aux rivages de l’Antarctique, cherchant des Légines (Dissostichus) et autres poissons des profondeurs  et, plus récemment du krill semblable à de petites crevettes, utilisées dans l’alimentation des saumons d’élevage. Alors que la corne d’abondance des eaux côtières disparaissait, les pêcheries allèrent plus au large, vers les eaux plus profondes, au-delà même de 1 kilomètre de profondeur. Finalement, comme les plus gros poissons commençaient à disparaître, les bateaux se mirent à pêcher des poissons plus petits et plus hideux, auparavant considérés comme impropres à la consommation humaine. Plusieurs furent renommés pour pouvoir être revendus : le louche aplosthète (hoplosthetus atlanticus) devint le délicieux  « empereur » et les requis furent transformés en « veau de mer » ou « thon blanc ». D’autres comme l’étrange hoki (genre macruronus), furent coupés pour pouvoir être vendus incognito comme croquettes et filets de poissons dans les restaurants fast-food et dans les rayons surgelés des supermarchés. »

 

Extrait de « Mange tes méduses ! » Philippe CURY et Daniel PAULY, p.101, Editions Odile JACOB, mars 2013. Un livre à apprendre par coeur  +

 

Le résultat de cette stratégie de l'investissement perpétuel a créé une surcapacité de pêche  mondiale qui prend des poissons de plus en plus petits et de plus en plus méconnus, au fur et à mesure que les populations ciblées disparraissent: on épuise méthodiquement les écosystèmes en pillant ce qui reste en bas de la chaîne alimentaire. C'est le "fishing down", l'étape ultime avant les "zones mortes" qui se multiplient à travers le monde.

 

La faillite de la pêche industrielle

 

Cette course à l'armement n'arrive plus à masquer l'effondrement des ressources, comme elle a pu le faire pendant les décennies 70 et 80: le "butin" annuel global stagne, augurant d'un effondrement généralisé plus ou moins brutal, comme cela a été maintes fois observé, par exemple pour le cas dramatique de la Morue de Terre-Neuve au début des années 90.

 
 
 
 

L’histoire de l’effondrement de la Morue


 

Les immenses stocks de Morue de Terre-Neuve ont fait écrire en 1871 que si chaque œuf de morue avait pu donner un poisson, on aurait pu traverser l’Atlantique sur le dos des poissons, sans se mouiller les pieds (Alexandre DUMAS, Grand Dictionnaire de la Cuisine, PARIS, Grand Caractère, 2007). 4 siècles plus tôt, un navigateur avait rapporté que les morues si nombreuses bloquaient pratiquement l’avancée de son navire.


 

Au début des années 60, les débarquements de morues déjà très élevés seront multipliés par 2 ou 3 grâce aux progrès de la technologie dans de nombreux domaines et atteindront des sommets 10 ans plus tard.


 

La dégringolade attendue commence.


 

Et que croyez-vous que l’on fit ?


 

« La solution proposée par le Canada fut d’élargir les limites de pêche des bateaux, passant de 19 à 322 kilomètres hors des côtes, puis d’investir et de financer la construction de chalutiers usines. » (GREENPEACE Canada).


 

Cette course à l’armement fut très efficace : elle permit de capturer les derniers poissons, raclant efficacement les fonds de tiroirs, maintenant ainsi l’illusion quelques années, avant l’effondrement brutal et total d’une année à l’autre, entre 1991 et 1992.


 

Le tiroir était cette fois bien vide.


 

Les politiques étaient restés sourds aux alertes des scientifiques, et ont refusés pendant toutes ces années de conduire les restructurations nécessaires, à priori douloureuse en termes d’emplois et de reconversions forcées.


 

Comme prévu, la suite a imposé ce passage obligé mais de façon beaucoup plus douloureuse pour les hommes, et beaucoup plus dramatique pour l’Environnement : des dizaines de milliers d’emplois perdus, des communautés entières ébranlées, et des morues qui ne reviendront jamais.


 

Et croyez-vous que cette histoire ait pu nous servir de leçon?


 

Pas davantage que les 300 autres stocks de poissons que nous avons épuisés de par le monde, officiellement pour « nourrir le monde », en réalité pour que certains s’accaparent des richesses naturelles de nos océans le plus vite possible.

oire de l’effondrement de la Morue

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